Ce qui devait naître

Ce projet prend comme point de départ L'Annonciation du Maître de Flémalle. À travers des outils de génération d'images et de vidéo, il propose une relecture contemporaine de la scène, en se concentrant sur ce qui n'est pas représenté dans le tableau mais qui en constitue pourtant le coeur : l'enfant à venir. Le travail se déploie en trois actes, de la promesse de naissance à sa mise en danger.

La Promesse

Maître de Flémalle (Robert Campin ?)
L'Annonciation, vers 1375
huile sur chêne
Tournai, Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles

L'oeuvre présentée ci-dessus est L'Annonciation, attribuée au Maître de Flémalle, peintre actif dans les anciens Pays-Bas à la fin du XIVe et au début du XVI siècle. Il s'agit d'une peinture à huile sur chêne datant de 1375, conservée aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. Cette scène appartient à un cycle iconographique issu de l'Évangile selon Saint Luc (Livre I), qui relate l'instant où l'ange Gabriel annonce à Marie qu'elle enfantera un fils.

Dans le récit biblique, l'Annonciation marque le commencement d'une histoire : celle d'une naissance à venir. Pourtant, comme dans la majorité des représentations de cette scène, l'évènement central du tableau, à savoir la naissance, n'est pas visible. Le corps de l'enfant est absent, mais tout dans la composition le désigne : les gestes, la lumière, les objets, l'intérieur.

C'est cette absence qui constitue le point de départ de ce projet.

L'Évangile selon Saint Luc (Livre I), 26-38

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? ». L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

La Transformation

Dans un premier temps, le travail a consisté à tenter de récréer L'Annonciation à l'aide d'outils de génération d'images par intelligence artificielle. L'objectif était d'obtenir une image la plus fidèle possible à l'oeuvre originale, afin de comprendre le fonctionnement et les limites des IA génératives.

La première étape a été de décrire le tableau avec mes propres mots, en adoptant un regard humain et un vocabulaire personnel.

Prompt initial

Une peinture à l’huile de l’époque des primitifs flamands dans le style du maître de Flémalle ou Robert Campin...

À partir de cette description, j'ai commencé à travailler sur Midjourney. Les prompts ont progressivement été simplifiés.

Dans un second temps, ChatGPT est intervenu comme outil intermédiaire.

Prompt final

An oil painting in the Early Netherlandish style of the Master of Flémalle (Robert Campin) depicting The Annunciation...

Ce processus a mis en évidence l'importance de la traduction entre langage humain, langage textuel et interprétation algorithmique.

Ce travail m'a permis de comprendre qu'une description très précise ne garantit pas un résultat fidèle et que l'IA interprète les images davantage par styles et associations.

La Perte

Dans un second temps, le travail consistait à interpréter la thématique du tableau original dans une perspective contemporaine.

Plutôt que de représenter à nouveau la scène de l’Annonciation, j’ai choisi de me concentrer sur l’élément central du tableau qui reste invisible : l’enfant à venir.

Cette image prend la forme d’une vidéo montrant un bébé seul, perdu dans l’eau.

Elle évoque un avenir fragile, menacé par le réchauffement climatique et par les conséquences des actions humaines.